I Le contexte

Pour comprendre le déroulement des événements qui ont conduit à cette tragédie, il faut avoir en tête le contexte politique, économique et religieux du Languedoc au XIIIème siècle.

1) Le régime féodal
Il est important de connaître les mécanismes principaux du régime féodal français. On appelle régime féodal le cadre dans lequel s'inscrivent les relations entre les seigneurs. Des obligations de service et d'obéissance sont déterminées entre un vassal et son suzerain. A la tête de cette pyramide, le roi est le "suzerain des suzerains", le souverain.
Charlemagne a généralisé la coutume selon laquelle le roi remet à ses fidèles un "bienfait", un "bénéfice", en général une terre avec tous les droits qui y sont attachés. Au départ, l'usage de cette terre était strictement personnel mais petit à petit, il est devenu héréditaire.
Le vassal reçoit symboliquement sa terre lors de la cérémonie de "l'investiture". Cette cérémonie est avec "l'hommage" et le serment l'un des moments essentiels des relations entre le vassal et son seigneur. Le vassal promet à son suzerain l'aide matérielle, judiciaire et militaire.
L'aide militaire comprend :
- le service de garde : un certain nombre de jours de garde au château mais ce n'est pas systématique
- le service de chevauchée : services militaires de courte durée, une semaine, et limité géographiquement. Les vassaux n'ont pas à y effectuer plus de 24 h de marche. Ce service peut être demandé autant de fois que le seigneur le désire. Il tire sa raison d'être des guerres privées incessantes entre seigneurs.
- le service d'Ost : c'est le service de guerre. C'est aussi le plus long, il ne peut être exigé qu'une fois par an. Pendant la période qui nous concerne, le 13ème siècle, il est limité à 40 jours. Le vassal est tenu de venir à la convocation de son suzerain, seul ou, s'il est puissant, accompagné de plusieurs de ses vassaux. C'est au nom de ce service que les chevaliers du nord et du sud vont s'affronter.

2) Un Languedoc en plein essor économique et dominé par les comtes de Toulouse.
Au XIIIème siècle, comme les autres régions de France, le Languedoc connaît un essor de l'agriculture important qui va entraîner le développement d'activités artisanales et commerciales et permettre ainsi l'essor urbain. Toulouse est alors la troisième ville d'Europe après Venise et Rome.
Parmi les nombreux vassaux du roi de France, les Comtes de Toulouse dominent le Languedoc. Ce sont les Raimon (Raimon V, VI et VII). Leurs domaines vont de la Guyenne à la Savoie et du Quercy aux Pyrénées.
Leurs vassaux les plus puissants sont les vicomtes de Trencavel qui possèdent la région de Carcassonne, Béziers, Albi et Limoux et les comtes de Foix.
Ce sont ces seigneurs qui vont s'opposer à Simon de Montfort et aux autres seigneurs du nord de la France.

3) Le contexte religieux : une Eglise éloignée des fidèles
Le haut clergé et les évêques profitent aussi de l'essor économique mais de ce fait, on leur reproche d'être plus préoccupés par l'argent et la guerre que par leur mission pastorale.
Les curés des paroisses sont bien souvent incultes, certains ignorant même les prières. Quant au dérèglement des mœurs du clergé , il a bien souvent été dénoncé.
Les abbayes et les monastères sont restés les remparts de la foi mais ils sont le plus souvent à l'écart des populations. Leur richesse sans cesse accrue suscite des réactions de la part de nombreux laïcs. Une vingtaine de châteaux dépendent par exemple de l'abbaye audoise de Lagrasse.

Au début du XIIIème siècle, toujours pour des raisons économiques, cette Eglise romaine va chercher à retrouver ses droits de perception de la dîme que les seigneurs lui avaient usurpés.
Elle va aussi souhaiter imposer la primauté du pouvoir spirituel (celui du pape) sur le pouvoir temporel (celui des rois et de l'empereur). Elle va par exemple vouloir que les souverains ne nomment plus les évêques et que seul un collège de cardinaux puisse nommer le pape.

C'est dans ce contexte que va se développer le catharisme et que se déroulera la Croisade contre les albigeois.