Le
drame de l'année 1813 au Coral. |
| Les antécédents Le 21 Janvier 1793, Louis XVI est guillotiné à Paris. Les royaumes étrangers s' apprêtent à faire la guerre à la France. Charles IV, roi d'Espagne masse ses armées le long de la frontière et le 7 Mars 1793, la Convention déclare la guerre à l'Espagne. A Perpignan c'est un climat de liesse générale. L'armée Espagnole sous le commandement du Général Ricardos pénètre en France le 17 Avril 1793 par St Laurent de Cerdans et le Coll de Portell. Beaucoup mieux préparée, l'armée Espagnole est en 24 heures maître de la vallée du Tech et de Céret. Les forts d'Arles et de Prats ne tarderont pas à tomber. Les Commissaires de la République lancent un vibrant appel patriotique et 10000 volontaires affluent de l'Hérault, de l'Aude, du Gers, du Tarn et même du Cantal. Avec ces hommes et l'arrivée de généraux comme Dagobert, sera formée l'Armée des Pyrénées Orientales. Malgré la déroute de leur armée après la bataille de Peyrestortes le 17 Septembre 1793, les Espagnols seront présents en Vallespir jusqu'en 1794. La contre attaque Française démarre fin Avril 1794, et le 1er Mai à 4 heures du matin les Français remontent les 2 rives du Tech à partir du Boulou vers Arles, St Laurent et Prats. Avant d'être refoulés définitivement, les Espagnols vont commettre divers actes de pillage. A Prats de Mollo on a noté les pillages suivants : 9 Mai Cal Pubill 19 Mai La Preste 24 Mai La Baragane et Grabudella 25 Mai Perafeu 30 Mai El Mir 9Juin El Cortal Par ailleurs dans la série L (Epoque Révolutionnaire), 3 papiers attestent de pillages par les Espagnols . Il s'agit de Casa Molins le 25 Juillet, de la Costa en Mai et Septembre, et du Coral sans précision de date, mais certainement en juin ou juillet 1794. Silvestra a à ce moment là 82 ans et les Espagnols ont amené son fils aîné Julià agé de 55 ans ( Lo fill aynat que se li an anmanat que es lo mes precios). Ils ont par ailleurs littéralement pillé la maison en emportant : 1 boeuf et une vache de trait 165 moutons, 30 chèvres, des poules du sarrazin, du maïs, du froment le linge (serviettes, draps, paillasses, chemises) les outils (bêches, charrues, haches) les ustensiles de cuisine (casseroles, chauffes-lits, chaudrons) les couverts ( assiettes, plats, cuillères,fourchettes) les habits (capes, robes, vestes, pantalons) Julien a du certainement être relaché peu de temps après, mais les dégats matériels et psychologiques sont restés. Et 20 ans plus tard, ce sera pire. Les faits En 1813 les armées Napoléoniennes qui occupent l'Espagne subissent de nombreux revers, surtout avec l'arrivée de Wellington qui depuis sa victoire de Vitoria le 11 Mai 1813 se rapproche de plus en plus des Pyrénées. Les Espagnols font des incursions en France, et le Samedi 24 Juillet 1813, de nombreuses exactions vont être commises à Prats de Mollo. Dès le lever du jour " 3 bataillons, 100 chevaux et bon nombre de paysans Espagnols " sont le long de la frontière sur les hauteurs de Ste Marguerite et au Coll de la Guille, mais également à la Preste et à la Torra del Mir. A la Farga, des morts et des pillages, et au Coral Sylvestre Planes et son épouse Véronique Xatart sont tués. Les actes de décès transcrits dans les registres d'Etat Civil de Prats de Mollo précisent que : " Sylvestre Planes, agé de 40 ans est décédé ce jourd'hui 24 Juillet 1813 vers 5 heures du matin à la descente de Notre Dame du Coral par un coup de feu de l'ennemi " et dans l'acte suivant : " Véronique Xatart épouse de Sylvestre Planes est décédée ce jourd'hui vers 5 heures du matin devant les barraques de Notre Dame du Coral par les coups de feu de l'ennemi. " Dans la maison d'habitation complètement pillée restent : Julià Planas le grand-père agé de 74 ans et ses 4 petites filles orphelines : - Madeleine 11 ans - Julie 9 ans - Marie Anne 6 ans - Marie Madeleine 3 ans De Prats à Paris : relation des faits Dimanche 25 Juillet 1813 , le Commandant de la Place de Prats de Mollo par intérim écrit au général de Brigade commandant le département des Pyrénées Orientales pour lui relater les faits de la veille en louant l'empressement et le zèle que le Maire et les habitants ont porté dans toutes les opérations, alors que la garnison d'Arles et un détachement de la Garde Nationale venant de St Laurent entrent dans la ville, avant de conclure : "L'ennemi est encore en présence. Veuillez bien mon Général me donner vos ordres. " Le même jour 25 Juillet le Sous-Préfet de Céret écrit au même Général Duranteau commandant le département des Pyrénées Orientales : " L'ennemi s'était retiré sur les 9 heures du matin, après avoir pillé, dévasté et brûlé une grande partie des maisons de la Preste et tué dans le hameau ou massacré 2 ou 3 personnes. La colonne du Coral a porté également le ravage partout où elle est passée. Les propriétaires, mari et femme de la maison du Coral ont été égorgés et tout a été pillé. " avant de conclure : "L"ennemi ne restera pas en si beau chemin. Il ira faire des vivres partout où il pourra. Je vous demande le détachement d'Arles pour renforcer le poste de St Laurent qui est essentiel et qui couvre une grande partie de la frontière." Le 26 Juillet, le même Sous-Préfet de Céret écrit au Préfet des Pyrénées Orientales que le 25 Juillet : " ..... les troupes ennemies :qui avaient ravagé le territoire de Prats ont reçu des renforts à Camprodon et à Mollo et elles menacent à nouveau la dite commune ainsi que celle de St Laurent." Le Général Duranteau commandant le département des Pyrénées Orientales se contente de relater les faits à son supérieur hiérarchique, le Général de Division de Toulouse, et le supérieur hiérarchique n'apprécie pas du tout l'attitude de ce Général, et il s'empresse de lui répondre. " J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrit le 26 de ce mois et qui m'est arrivée le soir de ce jour 28 Juillet à 6 heures, à laquelle étaient jointes plusieurs copies de celles que Monsieur le Sous-Préfet de Céret et du Commandant de Prats de Mollo qui donnent des détails sur les évènements qui ont eu lieu sur les frontières de cet arrondissement dans les journées des 24 et 25 juillet courant." et il lui reproche de ne pas être allé sur place avant de préciser : " C'est dans cette occasion où le chef militaire doit savoir prendre sur lui " " Si vos rapports à venir ne m'annoncent point que l'ennemi s'est retiré je me rends sur le champ à Perpignan pour activer tout ce qui pourrait être utilisé. " |